J'ai trois ans, je m'appelle Joseph, et hier je suis rentré à l'école pour la première fois.
Hier, j'ai eu le coeur serré, et après le départ de papa et maman, j'ai pleuré..un peu juste ...après leur départ, mais aussi, j'ai bien mangé, et
personne ne m'a "volé" mon repas. Pour faire pipi, un supergentilmonsieur est venu avec moi, on a oublié ma veste sur un meuble, mais tant pis, maman l'a retrouvée en venant me chercher. C'était
bien hier l'école. Ah oui j'oubliais : pour faire pipi les toilettes sont toutes petites, comme ça je tombe pas dedans, Et j'ai fait un beau dessin, du coté du papier où c'est écrit, moi
c'est là que je dessines le mieux.
c'est bien l'école.
Ce matin, on est parti avec papa et maman encore : ben oui, il faut bien être trois pour le deuxième jour, parce que le premier jour on ne sait pas
ce qui nous attend, mais le deuxième, on sait, alors on a un peu peur encore. En arrivant dans la cour, j'étais content, un peu "peur" encore, mais content, même que j'ai lâché la main de
papa et maman, du coup il y avait tant de monde que j'ai un peu perdu maman, elle est restée derrrière, je l'ai vite retrouvée.
Ala porte de ma classe, il y avait plein de mamanventouses, scotchées à la porte, du coup, c'est papa qui m'a accompagné, maman a été empechée. En
arrivant à la porte, j'hésitais encore un peu : normal non? Il me faut un peu de temps pour digérer le monde des papas-mamans, et le monde de l'école.
Et là, je ne sais pas ce qui s'est passé, la maitresse a pris MON étiquette qui est autour de MON cou, elle m'a pas dit bonjour mais a pris mon
poignet en le serrant si fort, que j'ai eu mal, pas mal au poignet, mais mal quand même dans moi, et là ben oui, je le confesse avec délectation :
J AI HURLE, j'ai hurlé mon indignation, ma rage, ma frustration : MOI JE VOULAIS ENTRER TOUT SEUL DANS LA CLASSE, je voulais m'approprier ce monde à MA façon, et il n'était pas utile de me serrer
si fort et de tenter de m'empecher de ressortir avec ses jambes....
On m'a dit tout l'été : ne tapes pas les copains (heu oui, parfois je fais la bagarre, alors ...) et là, la maîtresse utilise un geste brutal, pour
me forcer à faire .....ce que je faisais sans problème. Il me fallait juste le temps, juste le temps...
Les grands souvent, ils pensent qu'ils savent tout, qu'eux seuls savent ce qui est bon pour nous, mais moi, je sais bien que la plupart du temps, je
sais ce qui est bon pour moi, si on me laissait le temps de le vivre, de le sentir, de m'apprivoiser quoi.
Là, je suis à l'école et tout va bien (ca c'est grand'mamie qui l'écrit, je pense qu'elle prie très fort pour que "tout va bien), et ce soir, maman
vient me chercher avec l'écharpe parce que l'écharpe c'est ce qui console, je me fais tout petit contre elle dans son dos, et tous les deux, le nez au vent, nous affrontons le monde dans un
immense calin.
L'écharpe c'est le symbole des mamans : elles portent toute leur vie leurs bébés sur le dos, même quand ils chaussent du 46 comme tonton cédric , ou
qu'ils téléphonent à leur mère comme maman et tatane ,un matin de rentrée scolaire pour dire tout le chagrin, la rage, l'impuissance devant un simple geste banal qui fait mal "au dedans", ou pour
raconter comment Tom a craqué puis comment Tom a bien géré sa rentrée finalement.
Oui, nous les mamans, nous les portons toute notre vie nos petits et l'accompagnement des étapes à franchir est parfois amusant, souvent ardu,
quelquefois difficile : comment protéger nos enfants tout en évitant la surprotection? Comment défendre nos enfants sans leur donner le sentiment de la toute puissance? Comment communiquer
avec une maitresses certes surchargée, certes compétente (on le souhaite), mais si hermétique au simple bon sens?
Pfffff etre Grand'mamie c'est le pire du pire : on a vécu ces trucs, et voilà qu'ils nous sont renvoyés, amplifiés ...Le sentiment d'impuissance est
immense...Apprendre à lâcher prise...se dire que les "grands" s'en sont bien sortis", soutenir, aimer, mettre les bras en "écharpe" pour bercer à l'infini...Aller les filles, vos petits si petits deviendront des grands si grands, et vous êtes de bonnes mamans, alors pas de panique, tant que vous êtes là pour eux et
qu'ils le savent, vos enfants sont en sécurité.
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