Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 18:52

Lorsque ma fille ainée était encore « en devenir », petite cellule flottante dans son univers marin, j’ai été kidnappée par un nounours. Kidnappée ? Oui, ce nounours était très particulier : il était assez petit pour être trimballé partout et assez grand pour faire des câlins, mais surtout, surtout, il avait une particularité tellement étrange : il pouvait enlever sa peau de nounours. Et lorsque l’on tirait sur la fermeture éclair, sa peau rose et dodue apparaissait. C’était trop génial.


Comme ma fille n’était qu’ « en devenir » et que je ne savais même pas qu’elle se faisait sous-marin  tout au fond de moi, j’ai été bête et raisonnable : « non je ne l’achète pas, j’attends d’être sûre…


Et lorsque j’ai voulu l’acheter, je ne l’ai plus jamais retrouvé.


Alors parfois je me mettais à rêver : un jour, on allait de nouveau tomber museau à museau, le nours et moi. Un jour c’est sûr, je le retrouverais, et avec trois lardons, j’aurais trois alibis pour m’acheter le Nounours tout nu qui s’habille de sa fourrure, et l’enlève le soir.


Le temps a passé, et je n’ai pas retrouvé le nounours. J’ai trouvé un succédané de nounours sous la forme d’un mouton dont on enlevait une partie de la fourrure, mais non ce n’était pas lui, pas mon nounours nu.


Mais pourquoi en fait, ce nounours m’a tant interpellé ? Je crois bien que c’est un vieux rêve de petite fille : parfois, enlever sa peau, la déposer bien au chaud pour qu’elle se régénère pendant que moi je pouvais aller où je voulais, invisible sans ma peau qui se reposait. Alors la fourrure du nounours a dû allumer en moi ce vieux rêve peut être ? Et puis, déshabiller un nounours, ca parait fou, on n’imagine même pas un nounours sans sa peau. Alors pouvoir à volonté enlever et remettre cette douceur protectrice, quelle bonheur . 

 

Qui n'a jamais rêvé de pouvoir, parfois, déposer son corps quelque part, bien au chaud, dans un endroit où il peut se ressourcer, et de partir nez au vent, visiter le monde, se sentir plus léger...? La peau douce de fourrure, celle qui nous habille tous les jours, celle qui nous fait avancer, être qui nous somme, cette peau a besoin parfois de souffler un peu, de se ressourcer. Alors la déposer quelque part, c’est un acte de soin, un acte de bonté envers elle. Et aussi , être « nu » parmi les autres tout habillés de leur peau d’ours, c’est parfois savoir se faire invisible, léger, être là sans être lourd, être le passant qui veille, on ne le voit pas, il a posé sa peau et passe parmi vous. On sent sa présence, on sait qu’il est là, mais on ne le voit pas. Et quand, en plus, la peau que l’on a déposée, réchauffe une âme triste, on a tout gagné. Oui j’aime bien mon nounours qui se déshabille.


Et oui!!!!!!!!  je dis « j’aime bien », parce que ma dernière fille, quand son petit Joseph était « en devenir », au détour d’un grand magasin a trouvé, devinez quoi : MON nounours, celui-là, le mien, celui que j’avais vu il y a si longtemps. Depuis ce jour on ne se quitte plus, lui et moi, et dernièrement, Joseph est arrivé, le nounours tout nu dans la main, la fourrure dans l’autre, avec un grand sourire : on s’est compris nous-deux. C’est génial un nounours qu’on déshabille.

Par Michelle Bourgoin - Publié dans : LA VIE tout simplement
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