François Garagnon
Dans mon job aujourd'hui je constate que finalement nous sommes tous des petits enfants en
apprentissage. Et bien souvent, je compare le management des équipes, l'encadrement des collaborateurs, à l'éducation des petits enfants :
il y a une période où l'on ne sait pas encore faire les choses, alors nous avons peur, et nous n'avons vraiment pas très envie de les faire. Pourtant, si autour de nous, une
personne est là, support, soutient, guide et qu'il nous donne des limites, des structures, une organisation, alors nous avons moins peur et nous voulons bien commencer à agir. Un enfant c'est la
même chose : on n'apprend pas à faire du vélo en lisant un bouquin, ou en ayant pour seule consigne : voilà le vélo, monte dessus.
Ensuite vient le moment génial où l'on commence à comprendre comment tout cela fonctionne, alors, on se lance. Là encore nous avons besoin d'un guide qui nous soutienne encore par les "bretelles" comme le petit qui fait du vélo. Et surtout, surtout, nous avons besoin de "bravo, c'est bien, continue, là c'est pas grave, tu as fait une erreur, recommence". Il faut encourager, mobiliser, etre présent.
Lorsque le processus est acquis nous avons un grand besoin de liberté, "moi tout seul", et je sais mieux faire que
toi...Alors le guide doit se faire "complice", se retirer doucement tout en maintenant un contrôle rigoureux et en donnant des règles à respecter. Nous établissons alors une sorte de contrat de
confiance : ok, tu fais du vélo tout seul, mais tu reviens à telle heure, tu m'appelles, tu me dis où tu es, le vélo d'ailleurs à cette époque est bien souvent devenu "mob, moto, scouter" et les
mères se rongent tous les doigts d'angoisse tout en donnant une image lisse de maitrise.
Dans le management, combien de managers sont capables de passer ce cap : controler sans harceler, laisser faire l'autre et ne pas faire à sa place. Et combien de parents se reconnaissent dans le
"attends, laisse, je vais le faire ca va plus vite, je le fais mieux".? Mon fils lui a trouvé une belle phrase pour me faire comprendre que je dois veiller sur lui de loin : "laisses maman, c'est
ma vie et tu ne peux pas la vivre pour moi, même si parfois elle me fait mal"...
La véritable autonomie arrive pourtant un jour, et nous constatons qu'enfin, nous pouvons nous reposer sur nos enfants pour conduire leur propre vie. Bien entendu, nous serons toujours inquiets pour eux, nous voudrons toujours intervenir parce que dans nos coeurs ils sont nos "tout petit" mais quel confort, quel soulagement de les voir vivants, libre, joyeux et autonomes. Dans le management, idem : un manager ressent une grande sécurité lorsque son collaborateur vient le voir, lui rend compte, souhaite avancer, partager son savoir. Alors, le manager peut lui-même reprendre la roue de l'évolution et apprendre quelque chose de nouveau soi pourlui-même, soit proposer à son collaborateur un nouvel apprentissage.
Ainsi va la vie, élever nos enfants nous est un bel apprentissage. Et lorsqu'ils grandissent, nous nous apercevons avec humilité qu'ils sont nos maîtres, car ils sont conduisent vers les remises en cause essentielles à notre propre évolution.
Le management d'une équipe fait grandir aussi le manager.
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