François Garagnon
Bonjour! Dit le marchand
C’était un Marchand de pilules perfectionnées, qui apaisent
la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
Pourquoi vends-tu cela? Dit le Petit Prince.
C’est une grosse économie de temps, dit le Marchand. Les experts ont fait des calculs; on épargne 53 minutes par semaine.
Et que fait-on de ces 53 minutes?
On en fait ce que l’on veut…
Moi, dit le Petit Prince, si j’avais 53 minutes à dépenser,
je marcherais tout doucement vers une fontaine. »
A.de St Exupéry. Le Petit Prince
ALors voilà, j'essaie moi aussi comme le Petit prince de marcher doucement vers mes fontaines, mais chaque jour je me retrouve à chercher la pilule miracle qui me fera
"économiser" du temps. Je fais tout à l'envers , commençant par l'ordinaire, le quotidien parfois inutile, pour finir en toute hâte par râter l'Essentiel. Je cherche
l'impossible, tout "avoir" et tout "faire", alors que je sais bien qu'en marchant vers ma fontaine, je me contenterais d'"être" quelqu'un qui cherche une fontaine... J'aime bien ce Petit Prince,
il me parle souvent...Gestion du temps nous dit-on? Pfff, pourquoi gérer l'ingérable? Une journée a 24 h, nous ne gérons rien du tout si nous voulons gérer le temps. Je crois bien que ce que je
peux "gérer" est tout simplement ce que je mets dedans. Le choix d'être pleinement dans l'instant.
mais nous avons profité à
fond de ces heures à nous, flanant derrière le bombardier, grimpant sur le faux hélicoptère, découvrant le bruit des avions de guerre,et repoussant la guerre, nous retrouvant avec sa mère,
derrière une cabine à piloter...
Dans ses yeux j'ai fait provision d'évasion, et dans ses mots, son cousin trouvait sa place : tu lui diras grand'mamie, à Joseph, qu'on a entendu les bruits des avions de
guerre...mais tu lui feras pas peur, c'est pour du faux..Il y a 11 ans, j'ai écrit ce texte, après le départ de ma fille et de son amour, pour un nouveau pays qu'ils se sont choisis. Aujourd'hui, en visite chez eux, et en ballade avec eux à Ottawa, je me dis qu'il est plus que jamais d'actualité...
Toute petite déjà elle ne rêvait que grands espaces, pays lointains et, le soir dans son bain, faisait rêver son frère en lui disant :
Tu sais moi, je partirai loin, très loin et j’irai même très loin comme ….l’Italie…
.En fait, l’Italie, c’est lui qui y a été, mais ceci est une autre histoire dont je vous parlerai peut être, un soir de nostalgie où le cœur d’une mère louve sera en mal de son petit loup ….Ce soir je vous parlerai de la petite louve, première en son rang dans une fraternité de trois.
Est-elle partie me direz vous ? OUI !!!!!!!
Elle est partie loin, si loin, très loin, trop loin parfois et pourtant toujours si proche, si terriblement là.
En fait, le cheminement qui est le leur a été long, avec des annonces du type : « allo maman, dis-moi, j’ai un truc très important à te demander, c’est grave, tu sais ». Mon cœur de mère s’affole, sont-ils malades, a t’elle des ennuis. » Tu dirais quoi si au Canada on demandait la nationalité canadienne ? Ouf, mon cœur se calme, et le rire qui répond à sa demande semble la rassurer. Mais bon, voilà comment mère d’une petite française on se retrouve maman et grand-maman de canadiens bon teint. On se refait une hérédité d’un coup de fil, car je gage que mon accord n’était que de principe, la décision semble prise.
Des démarches qu’ils entreprirent, je n’ai que le souvenir de grands espoirs puis de grandes déceptions, de confidences difficiles sur les décisions que cela engendre, de bilans et de plans d’actions écrit et mis en œuvre pour que tout se fasse en temps et en heures, et de joies magnifiques, d’espoirs insensés, de rêves d’avenir.
Comment vivent les parents de ces drôles d’enfants pour qui le monde est leur jardin ? Bon, je vais tout vous expliquer, car l’idyllique description d’Anne demande à être tempérée par la vision maternelle d’un départ annoncé . J’ai rédigé les dix commandements (qui sont devenus 15, désolée) de la mère de l’expatriée.
1. Tu ne penseras ni n’exprimera que c’est aller bien loin pour se retrouver soi – même. Ceci est une expérience qui n’appartient qu’à l’expatriée, elle doit la vivre même aux dépends de sa mère éplorée.
2. Tu chériras le bonzaï de l’expatriée et chaque matin tu te désoleras de le voir crever dans un coin : n’avait qu’à la suivre quoi , c’est vrai, non. Et tu offriras au ficus de l’expatriée la meilleure place dans ta vie et chaque jour etc….non celui-là résiste encore, mais combien de temps ?
3. De l’appartement de l’expatriée tu ne feras pas ton oratoire de souvenirs : s’ils t’ont donné les clefs, c’est juste pour que tu le vendes, pas pour que tu y retrouves l’odeur de l’expatriée, ni pour t’émouvoir sur les restes du frigo.
4. Tu soutiendras l’expatriée dans chacune des étapes de l’obtention du visa en évitant de les laisser voir ton sourire en coin : quelques mois de plus c’est toujours bon à prendre.
5. Tu participeras avec joie à la fête organisée pour l’obtention du visa en évitant de laisser voir le blues qui pointe en ton cœur de « louve de mère » à l’idée que son bébé louve a trouvé un territoire plus vaste.
6. Tu recueilleras avec tendresse les émois, les coups de cafards, les angoisses des deux expatriés chaque jour trois mois avant le départ. Chacun son tour y allant de « j’suis déjà parti, c’est super » alors que l’autre se dit « nos amis, nos meubles, nos habitudes, nos familles ouïe « tout cela avec bien entendu une parfaite maîtrise de tes propres états d’âmes fluctuants : S’ils sont heureux, tout va pour moi, oui mais 6000 km et un océan c’est loin pour arriver si ca va pas, oui mais la joie et le bonheur qui les anime etc….. (Journal détaillé par étapes sur demande pour toute future mère d’expatriée….)
7. Tu t’initieras avec application à icéqu, le wouaibe, internet et l’informatique sans juger ni tempêter : la machine n’est responsable que des clics que tu lui mets et l’expatriée n’y peut rien, son frère par contre pourrait m’aider un peu plus quoi c’est vrai, non mais, c’est pas parce qu’il est lui aussi expatrié (ceci est une autre étape de la complainte de la mère de l’expatrié, à suivre) qu’il faut me laisser tomber devant une machine hostile et complètement bornée . (il n'est plus à ce jour expatrié, mais 600 km c'est loin quand même :))
. 8 Au déménagement tu donneras le coup de pouce essentiel : sans problèmes tu recueilleras les invendus, et s’il le faut tu achèteras les invendables pour cause d’attachement ou autre.
9. Et le jour du départ, la malle encombrante tu chargeras, le sourire aux lèvres et le cœur en berne.
10. Sans hurler tu accepteras que la chatte de l’expatrié te laboure la main quand tu aideras à lui donner le remède contre le mal de l’air : l’est trop vieille pour la saccager, l’est trop peste pour y remédier, l’est trop douce pour lui en vouloir.
11. Et lorsque tu les verras tout à coup, si vite, lentement mais trop vite, s’élever par cet escalator lumineux, alors tu pourras laisser ton cœur rire et pleurer à la fois tout en fredonnant la chanson qui dit que « l’horizon est ta maison….. » Un destin se forge à la hauteur de leurs rêves, ils sont allés au bout de leurs rêves, rien de mal ne peut plus leur arriver………..
12. Et lorsque ta voiture reprendras, évites de passer par la case « faut que je passe chez l’expatriée pour ranger, nettoyer, récupérer l’aspirateur » parce que là je te jure, tu craques comme c’est pas possible, et non ils ne t’ont pas laissé les clefs pour nourrir ta nostalgie. Heureux, ils sont heureux, alors toi, t’as l’air un peu bête de vivre dans tes souvenirs alors qu’ils sont en train de te fabriquer un avenir………..(Pour « l’avenir », il a 9ans et des poussières. C'est lui qui m'a donné ma première leçon de "grand'mamie", me faisant passer de"mère" de l’expatriée à Grandmamie d'un petit Caribou, ce matin d’été où il nous est arrivé…..)
13. Une pendule tu achèteras, où tu écriras « Québec », ce qui pendant quelques temps déstabilisera le père et la sœur de l’expatriée jusqu’au moment où tu leurs dira que « c’est l’heure du Québec pour éviter de les réveiller en appelant chaque jour ».
14. Fidèle cliente des PTT tu deviendras, et chaque jour pesteras sur les clics qui ne cliquent plus, les sites qui se ferment, les messages « erreur fatale » qui condamnent ta machine à une mort certaine.
15. D’une bonne dose d’amour tu te blinderas, d’une bonne dose d’humour tu consommeras, et chaque jour regardera, le ciel ou les étoiles, puisqu’il paraît qu’il est le même ici et là-bas. Un pont sur l’infini qui nous relie, enfants du monde pour qui l’horizon est la maison….Je vous aimes.
C'est une histoirer pour les enfants, les grands enfants, et les petits, écrite un soir de juin, pour Johanne, sur son blog, dans la chambre d'à coté.
Installons-nous autour
du feu, le zèbre s'est endormi et la girafe aussi. Joseph depuis longtemps a fermé ses yeux, mais comme tous les petits garçons, ses rêves sont des histoires qui sont la vie qui sont un rêves qui
est la vie qui est un rêve...Il était une fois le rêve de Joseph...
Un petit oiseau bleu (pourquoi bleu? et pourquoi pas?)Se trouve sur le chemin. Un oiseau qui marche c'est un peu maladroit. Il tangue, il avance, il picore, il sautille, il tente d'ouvrir ses
ailes. Joseph le regarde sans bien comprendre : un oiseau qui marche, c'est un peu maladroit, c'est comme un zèbre sans rayures, où une girafe sans tâches. (Non, ne réveillons pas le zèbre, on
est trop nombreux dans la pièce à côté).
Intrigué, étonné, Joseph s'avance un peu. L'oiseau est affolé, inquiet, fatigué. Il tente vainement de déployer ses ailes, et reste sur le chemin. C'est un rêve n'est-ce pas? En rêve tout est
possible, Joseph peut être très grand, très fort ou très petit. Là il se dit qu'il lui faudrait, pour comprendre l'oiseau, devenir plus petit. Il se concentre fort, ferme les poings, devient tout
rouge. Pfffffff. Le voilà si petit que l'oiseau lui parait un géant. Bon, raté pour cette fois, il me faut recommencer se dit-il : Pffffff. Ayé, tout juste la même taille, tout pareil et tout
bleu (nan ce n'est pas un schtroumpf Joseph) aussi. L'oiseau bleu et l'enfant bleu se regardent : Celui qui tanguait, hésitait, se cognait au chemin devient tout à coup plus hardi, il s'approche
du petit. Joseph tend une main, prends un bout d'aile, et doucement la déploie. Il tend l'autre main, prend le bout de l'autre aile et la déploie aussi.
Cahin-caha, l'oiseau bleu et l'enfant bleu avancent sur le chemin. L'un regarde devant, l'autre veille sur l'arrière, en tirant le premier, l'accompagnant dans sa difficulté.
Pourtant, le chemin est toujours aussi difficile pour l'oiseau. Il se dit que l'enfant est bien gentil, qu'il le soutient, mais comment pourrait-il voler avec quelqu'un qui regardes
derrières?
Joseph baisse les bras, s'arrête, et médite un moment. Et oui, les enfants ça médite mais on ne le sait pas : quand on joue on médites, quand on est joyeux on médites, quand on est concentré sur
les petites voitures on médite. Donc, Joseph joue avec des cailloux dans sa main et médites. L'un des cailloux ouvre grand son bec (et oui, dans les rêves les cailloux parlent et ont un bec, tout
est permis dans les rêves), donc il ouvre le bec, et lui dit : gros ballot, te voilà tout petit, et tu fais comment maintenant pour que l'oiseau s'envole, tu lui mets un coup de pieds aux
fe...es? (Non, dans les rêves on est pas obligé d'être grossier, mais bon, un gros mot de temps en temps....)
Joseph se dit : hum, hum, être petit et bleu, ça n'a servi à rien. On a avancé de quelques centimètres, on est très fatigués, et l'oiseau commence à me regarder de travers. Mais d'abord pourquoi
il ne peut pas voler hein? J'y peux rien moi, chui pas un grand.
Hé???? chui pas un grand????Ben si, dans les rêves, on peut être grand. Pffffffff il se concentres, et bangggggggg, Joseph est trrrrrrès grand tout à coup. Il touche la cime des arbres. Ah zut,
il est encore bleu. Pfffffffff, je choisis quelle couleur là, tout de suite, pour maintenant? Rouge? Heu c'est un peu hard comme couleur, c'est bien pour agir, pour aller de l'avant, mais pour
aider un petit oiseau bleu...Alors, jaune peut être, comme le soleil : ca réchauffe, et les plumes s'ébouriffent au soleil. Mais jaune et bleu, ca va ensemble? Ca fait du vert. Le vert c'est la
couleur de l'amour universel il paraît. On essaie. Pfffffff Le voilà d'un beau jaune soleil. Joseph est immense et jaune soleil.
BOn, oiseau, tu m'entends....Et là, l'oiseau terrorisé, ne peut que faire un "cui" timide, même pas un cuicui comme un oiseau en bonne santé, sûr de lui, juste un "cui". Il se plaque à terre, et
ne bouge plus d'une plume.
Ben cé moi l'oiseau, tu ne vois pas. Chui tout jaune pour que ton bleu devienne vert, que tu puisses voler, que.....vient quoi. Et il tend une main pour prendre un bout d'aile. Mais la main est
si grande, si grande, qu'il ne peut rien faire sans risquer de blesser l'oiseau. Finalement, l'oiseau se rassure, et grimpe dans sa main.
Ils avancent sur le chemin, l'oiseau ne dit plus rien, et au fur et à mesure qu'ils avancent il devient terne, d'une vert pâle triste, et le jaune de Joseph est tout terne aussi. L'un et l'autre
sont frustrés :l'oiseau ne vole toujours pas, et Joseph se voit condamner à marcher avec un oiseau handicapé. Finalement être grrrrand et jaune, ce n'est pas non plus la bonne solution.
Alors Joseph s'arrête et s'assoie sur une pierre de mousse (ouiiiiii d'abord, en rêve les pierres sont de mousse aussi).IL pose doucement l'oiseau bleu sur le chemin et il médites en traçant sur
la terre des arabesques de routes pour les petites voitures. AYéééé, je SAIS. Je dois apprendre moi à voler pour lui apprendre à lui. Mais pour bien lui apprendre, il me faut faire le même poids
que lui, et garder ma couleur à moi. Faire le même poids pour ne pas l'induire en erreur : je dois m'adapter à lui. Et garder ma couleur, pour que mon esprit reste aussi vif, pour pouvoir lui
transmettre, car si je prends sa couleur, je prends son esprit et comme lui ne sait pas voler....C'est la quadrature du cercle ce truc.
Bon, alors un grand Pffffff pour reprendre ma belle couleur à moi (il est comment Joseph hein? C'est qui qui sait comment est Joseph : demandez à Aghui quand les guilis du matin courent sur sa
peau tout chaude, Joseph est comme un pain tout frais, sa peau a la couleur du miel clair, et il sent le bébé chaud.)Donc le Pfffff étant fait, il lui faut maintenant, faire un autre grand
PFffffff pour reprendre la taille et le poids du petit oiseau bleu.
Voilà Oiseau ce qu'on va faire, je vais monter dans l'arbre, et sauter. Reste en bas et regardes. Après c'est ton tour hein, regardes bien.
Branche après branche, il monte en s'écorchant les genoux, les bras, la figure. Enfin, le voilà tout en haut. Il respire très fort, et oui, il se souvient qu'il est "en rêve", donc tout va bien,
et FFFFFFFFFF....il saute. Et Plaf il tombe comme un caillou pour atterrir sur les cailloux mousse ouf...L'oiseau rigole un peu sous une aile....c'est drôle ce petit gars si fier qui vient de se
scratcher sur une grosse boule de mousse. Joseph est furieux, il grogne et peste : t'a qu'à te débrouiller enfin, t'a même pas regardé.
L'oiseau vient doucement vers lui, si si je t'ai regardé, mais moi tu sais, je ne pourrais jamais tomber comme ça, j'aurais trop peur, té quelqu'un de courageux...
Bon, Joseph se lève, enlève les brindilles de ses vêtements, et regardes son pote l'oiseau bleu. Dis donc toi, t'a un avis sur comment je peux t'aider à voler? Parce que moi tu vois, vu que je ne
sais pas voler, j'ai du mal. J'ai tenté d'être comme toi, de ressentir comme toi, et ça n'a pas marché. J'ai tenté d'être plus fort, plus grand, et de faire ce que tu devrais faire, et ça n'a pas
marché, alors tu vois, je ne sais pas quoi faire pour toi. Je me sens inutile, impuissant, je voudrais tant t'aider.
Ben tu sais dit l'oiseau, doucement, je me demande en fait si je ne sais pas voler. Je crois que je sais, mais je ne savais pas que je savais. Peut être que si on en parlait, que tu m'expliquais
par exemple comment toi tu a fais pour apprendre à marcher, je trouverais comment moi je peux apprendre à voler.
Joseph s'est penché, a pris l'oiseau dans sa main, lui a dit plein de choses dans son oreille d'oiseau, l'a caressé doucement, l'a bercé un peu aussi. Il a pris le jaune du soleil pour lui
chauffer le cœur, le vert de l'amour pour partager son âme, le bleu de l'oiseau pour la liberté et...il l'admire encore, là, maintenant, parce que Joseph lui, IL
DORT....
Et aussi sur le groupe PriceMinister : PDA, Voyage Turquie
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